- Paraît chaque dimanche à 8 heures tapantes, méridien de Paris -

dimanche 17 septembre 2017

“Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse.” - Léo Ferré



article précédent: bon sang ne saurait mentir




L'amour, marché de dupes, où je n'ai que trop longtemps vendu mes charmes et ma jeunesse, et pleuré des jets d'eau comme si j'avais voulu rincer le trottoir après que tous les étals eurent été démontés.

Ce que c'est que l'amour et autres microfictions

Régis Jauffret











Bonjour à toutes et tous!


Dimanche dernier, 

- TOUJOURS dans le cadre de notre tour des dérivés de l'avenante *krei-, “passer au crible, distinguer, différencier…”, racine indo-européenne de son état -,
nous avions abordé - mais sans plus - le verbe proto-germanique (non-attesté) *hrainisōną, “nettoyer, purifier”, duquel dérivait l'adjectif *-hrainiz-, qui devait, lui,  signifier propre, pur, et au sens figuré, innocent...

Mais comme je vous le disais, la racine verbale germanique *hrainisōną

(toujours “nettoyer, purifier”, pour ceux qui devraient peut-être prendre la peine de se faire un café serré avant de continuer)
méritait un dimanche à elle seule.

Car l'histoire n'est pas simple...


Tout d'abord, même si certains rattachent sans souci *hrainisōną à notre gentille *krei-, je dois avouer que j'émets moi-même quelques doutes à son encontre, dans la mesure où - je vous le disais dimanche dernier - mes sources habituelles, que je considère fiables et de bonne foi, ne mentionnent aucunement cette filiation. 

Oui, bon, Pokorny en parle, je sais.
Affaire à suivre, donc. Je m'efforcerai de trouver des arguments étayant l'une ou l'autre théorie, et je vous reviendrai.


Le proto-indo-européen au centre,
et la séparation en groupes linguistiques sur une échelle temporelle
concentrique

Mais donc, prudence,

nous avons peut-être affaire non pas à une racine indo-européenne,

mais bien à une racine strictement germanique,

car créée bien plus tard,

alors que le proto-germanique s'était déjà affranchi de l'indo-européen.










- “Ouais mais bon, alors, à quoi bon traiter de cette racine ici, dans un blog qui ne traite que d'indo-européen, b*rd*l ??” Me direz-vous.
- Mais la réponse est simple: tout d'abord, *hrainisōną est peut-être vraiment le rejeton de *krei-
- et dans ce cas, on pourrait concevoir, selon les lois de transformation phonétique, que c'est d'une forme variante au timbre o de notre *krei-*kroi-n-is qu'elle procéderait -,
mais surtout, son étude est particulièrement intéressante, comme vous allez vous en rendre compte...


Allez, on y va. (vous avez bien pris votre café, cette fois?)


Des dérivés germaniques de *hrainisōną, il y en a des tonnes!

À commencer par le vieux haut-allemand reinisōn, nettoyer, purifier...”.

Mais qui dit germanique, dit aussi...

OUIIII !!! vieux norrois! 

vieux norrois













Avec hreinsa, de sens similaire: nettoyer, purifier.
Duquel découleront notamment...
  • l'islandais hreinsa (purifier, affiner...),
  • le féroïen reinsa,
  • le norvégien bokmål rense, puis le nynorsk: reinse, reinsa,
  • le vieux suédois rēnsa, dont dérivera le suédois rensa, ou encore
  • le vieux danois rēnsæ, d'où le danois rense.


Pour ce qui suit, j'ai beaucoup hésité. Je ne voulais pas vous en parler.
Pour vous préserver. 
Mais après mûre réflexion, je me suis dit que ce n'était pas la bonne attitude. 


Qu'en fait, c'était même vous mépriser, en vous considérant incapables d'entendre la vérité.
Qu'au contraire, vous deviez savoir.

Alors voilà:
Découleront aussi de *hrainisōną, et avec toujours un sens proche de nettoyer, épurer, 
  • rängs, en dialecte ostrobotnien, de cette région suédophone de la Finlande, l'Ostrobotnie (ce qui tombe finalement assez bien),
L'Ostrobotnie actuelle
(auteur et source)

  • rįesa, en elfdalien, dialecte suédois tellement hétérogène qu'on en n'a toujours pas trouvé deux locuteurs qui se comprenaient vraiment,
  • rense, en gutnisk, une des langues parlées sur l'île de Gotland, au sud de la Suède, ou encore
  • rénsa, en scanien (la Scanie étant une région suédoise à l'extrême sud du pays, appelée ainsi parce que la quasi-totalité de ses habitants se déplacent en semi-remorques de marque Scania, ce qui d'ailleurs y crée pas mal d'encombrements sur les routes. Et ne parlons pas des dimensions ridiculement démesurées dont doivent disposer les garages accolés aux petites et coquettes maisons scaniennes).
Parking clients du Cårreföur Mårket de Malmö, Scanie


Et je ne vous parlerai même pas des dérivés de  *-hrainiz-,
tous signifiant propre, ou pur, comme, par exemple ...
  • le vieux frison *hrēne, *rēne, 
  • le vieux saxon hrēni, 
  • le néerlandais rein,
  • le vieux haut-allemand reini, d'où l'allemand rein, ou
  • le vieux norrois hreinn, avec à sa suite l'islandais hreinn, ou le suédois et le danois ren...


Bon, jusque là, rien de bien spécial: du proto-germanique à l'origine de mots germaniques...
On ne va pas en faire un fromage.



*krei-, “passer au crible, distinguer, différencier…”
forme variante de timbre o *kroi-n-is

proto-germaniques 
*hrainisōną, “nettoyer, purifier” /  *-hrainiz-, propre, pur, innocent

néerlandais et allemand rein, “pur...


C'est même mieux que ça: 


*-hrainiz et *hrainisōną tombèrent éperdument amoureux l'un de l'autre,
ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants.



FIN

Mais voilà...
La linguistique historique n'est pas un conte de fées (quoi qu'en pensent certains de ses détracteurs idéologiques).


Et c'est ici que les linguistes commencèrent à s'empoigner...
Dans quelques instants, ils en seraient à s'étriper.


Il y a un mot usuel français qui pourrait peut-être bien venir de *hrainisōną...

Une idée?

- Attention, spoiler ! -

Il proviendrait de *hrainisōną par le francique *hrainisōn, nettoyer, rinser”, puis par le bas latin rainsāre.

Qui à son tour donnera le vieux français du nord (ou picard) raïncer, raïncier, qui deviendra le vieux français rinser, reinser (...), puis le moyen français rincer.

Eh oui: rincer.
Nettoyer à l'eau et en frottant.
1828, en parlant du linge: Passer à l'eau ce qui a été lavé (pour enlever les produits de lavage: savon, etc.).” 
© Le Grand Robert de la langue française



*krei-, “passer au crible, distinguer, différencier…”
forme variante de timbre o *kroi-n-is

proto-germaniques 
*hrainisōną, “nettoyer, purifier” /  *-hrainiz-, propre, pur, innocent

francique *hrainisōn, nettoyer, rinser

bas latin rainsāre
vieux français du nord raïncer, raïncier

vieux français rinser, reinser

moyen français rincer
français rincer



Vous rendez-vous compte? Rincer! Lui aussi, de notre indo-européenne *krei-!

Ouais...

Ça c'est une version de l'étymologie de notre rincer.

La première.

Car il y en a quelques autres.
J'en ai recensé quatre (!!)




Je vais me contenter de vous en donner une deuxième, qui à mes yeux est également parfaitement plausible... (les autres, je n'y crois guère)

Selon cette deuxième version, notre rincer descendrait, non pas du francique, mais du latin classique recēns, recentis, “frais, jeune, nouveau”.
Recēns, recentis se serait dérivé dans le bas latin recentare, sur lequel se serait créé un latin populaire (non attesté) *recentiare, “rafraîchir, laver”.

De là, le vieux français recincier, “nettoyer un objet en le frottant et en le mouillant” (1167, merci Alain Rey!), au figuré “purifier, renouveler, rafraîchir”.

La forme raincer (circa 1206) n'est que le résultat d'une dissimilation de recincier. 

Enfin, le mot évoluera encore en rinser (XIVème) puis enfin en rincer (XVème).

Si cette théorie est la bonne, notre rincer proviendrait de la racine indo-européenne *ken-2“frais, nouveau, jeune”, par une forme suffixée *ken-t-.



*ken-2“frais, nouveau, jeune”
forme suffixée *ken-t-
latin classique recēns, recentis, “frais, jeune, nouveau”

bas latin recentare
latin populaire *recentiare, “rafraîchir, laver”
vieux français recincier, “nettoyer un objet en le frottant et en le mouillant”

dissimilation

raincer ⇒ rinser  rincer



Alors, quoi!?
Laquelle des deux théories est la bonne?

Pro version francique, Auguste Scheler appuie sa thèse en arguant que le dérivé picard rinser aurait fait rincher s’il était issu du latin. 

A contrario, une règle existe en étymologie française, qui précise qu'en général, même si le mot germanique est plus près par la forme, une étymologie latine prévaut sur une étymologie germanique.



C'est notamment grâce à cette règle ridicule et désuète que nombre de parents franciques de nos mots sont toujours parfaitement ignorés par les linguistes francophones ; on va donc vite l'oublier.

Mais surtout, pour la défense de la version latine
- et c'est Oscar Bloch et Walther von Warburg qui le signalent, alors on écoute -,
on retrouve toujours bien le latin populaire *recentiāre, continué par des formes dialectales en Italie, de Ferrare par la plaine du Pô jusqu'au Piémont, au sens de “rafraîchir, laver” (à côté d'autres qui continuent, elles, le bas latin *recentare).

Alors quoi??

C'est fou, hein!

Je laisserai le mot de la fin à l'Oxford English Dictionary, dans son article sur l'étymologie de l'anglais to rinse, “rincer”, emprunt - évidemment - à notre moyen français rinser/rainsier/reinser..., via l'anglo-normand ryncer.

Alors que tous les mots germaniques que nous venons de voir dérivent bien d'une racine germanique, l'anglais rinse n'est qu'un emprunt au français!? Shocking!

Leur conclusion? 

“La similarité formelle et sémantique entre les formes germaniques (vieux norrois, suédois, allemand, néerlandais...) et l'anglais rinse
(associons-y donc, par conséquent, le français rincer, note de Bibi)
n'est probablement qu'une coïncidence.


Notez bien le “probablement”, qui nous renvoie irrémédiablement à la case départ...



Décidément, on ne peut compter sur personne...



Et je vous l'avoue, dans mes recherches, j'ai rarement vu autant de probablement que dans les articles consacrés à l'étymologie de ce verbe tellement commun, usuel, familier qu'on finit par l'oublier: rincer.

Disons qu'au moins, avec cet article-ci, je lui aurai rendu la place qu'il mérite.





Nous terminerons, mes enfants, par quelques illustrations édifiantes de l'expression “se rincer l'oeil:









Je vous souhaite, à toutes et tous, un excellent dimanche, et une très bonne semaine!





Frédéric




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Et pour nous quitter,

du Bach.

Mache dich mein Herze, rein, 
Fais-toi pur, mon cœur,
aria pour basse (65), 
tiré de La Passion selon saint Matthieu, BWV 244.

Ici dans une version qui me tient particulièrement à coeur, celle de Karl Richter et Walter Berry.

(Je vous déconseille de l'écouter en ma compagnie, car je suis incapable de l'entendre sans chanter à tue-tête la partition de Walter Berry.
Mal, mais à tue-tête.)




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dimanche 10 septembre 2017

bon sang ne saurait mentir





“(...) La plus ingénieuse torture qu’il inventa fut de parler à Miette de son père. La pauvre fille, ayant vécu hors du monde, sous la protection de sa tante, qui avait défendu qu’on prononçât devant elle les mots de bagne et de forçat, ne comprenait guère le sens de ces mots. Ce fut Justin qui le lui apprit, en lui racontant à sa manière le meurtre du gendarme et la condamnation de Chantegreil. Il ne tarissait pas en détails odieux : les forçats avaient un boulet au pied, ils travaillaient quinze heures par jour, ils mouraient tous à la peine ; le bagne était un lieu sinistre dont il décrivait minutieusement toutes les horreurs. Miette l’écoutait, hébétée, les yeux en larmes. Parfois des violences brusques la soulevaient, et Justin se hâtait de faire un saut en arrière, devant ses poings crispés. Il savourait en gourmand cette cruelle initiation. Quand son père, pour la moindre négligence, s’emportait contre l’enfant, il se mettait de la partie, heureux de pouvoir l’insulter sans danger. Et si elle essayait de se défendre :
– Va, disait-il, bon sang ne peut mentir : tu finiras au bagne, comme ton père.
Miette sanglotait, frappée au cœur, écrasée de honte, sans force.”

Émile Zola,

La Fortune des Rougon, 1871
(qu'en un premier temps, Zola aurait sous-titré Les Rougon-Macquart, une famille où on a le choix: être veule et méchant, cinglé ou ivrogne)



Zola et ses enfants Denise et Jacques, juste après la lecture de La Fortune
des Rougon.

Nous savons à présent qu'à l'issue de cette lecture, Denise penchait plutôt
pour un suicide par pendaison, Jacques pour la noyade, et Émile pour
l'assassinat de ses deux enfants avant de se donner la mort par balle























Bonjour à toutes et tous!

Bon, je vous f'rai pas l'topo, on est toujours en train de parcourir les dérivés de notre remarquable et prolifique racine indo-européenne *krei- “passer au crible, distinguer, différencier…”


Mine de rien, ça fait déjà un p'tit moment qu'on s'y intéresse...

Nous avons tout d'abord découvert que par son dérivé latin crīmen, elle nous avait légué...
crime, décerner, décret, décrétale, décréter, discerner, discriminer, incriminer, récriminer
est-ce un crime, un péché mortel, de faire des ronds dans l'eau?
*krei- “passer au crible, distinguer, différencier…”
forme suffixée *krei-men-
*racine proto-italique *kreimen-
Latin crīmen


Ensuite, nous découvrions, admiratifs, que c'était encore à elle que nous devions...
certain, certes, certificat, certifier, certitude, concert, concerter, concerto
tu es certain qu'au conservatoire, on reçoit un certificat d'études de Chopin?
ou encore  
discret, discrétionnaire, excrément, excrétion, secret, secrétaire, sécréter, sécrétion
le propre d'une secrétaire, c'est la discrétion
*krei- “passer au crible, distinguer, différencier…”
forme suffixée de son timbre zéro *kri-no- 
latin cernō, cernere, “séparer, tamiser”


Ensuite, médusés, nous devions admettre que d'elle provenaient aussi...
crible, cribler, criblure
Watson, c'est un cribe. - Un crible, Holmes? - Don, un cribe! - Ah, un crime! Votre rhume ne s'arrange guère, mon cher Holmes
*krei-, “passer au crible, distinguer, différencier…”
forme suffixée *krei-dhro-

proto-italique *kreiðro-
latin crībrum, “crible”



Et là, coup de grâce, la vérité nous était assénée: de notre *krei- si mimi dérivaient encore nos... 
crise
“Les moments de crise produisent un redoublement de vie chez les hommes.” - François René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe
critique
Jean-Jacques, François-René et Alexandre...
critère, critérium, endocrine
“La popularité n’est pas un critère de qualité.” - Claude Brasseur
ou même
hypocrisie, hypocrite
"L'hypocrite sourit, l'énergumène aboie ; Les chiens de Saint-Médard s'élancent sur leur proie." Satires, le Russe à Paris - Voltaire
*krei- “passer au crible, distinguer, différencier…”
forme suffixée *kri-n-yo-
racine proto-grecque *kríňňō-
grec ancien κρῑ́νω, krī́nō, “juger, décider...” 



Ouuuf.






Ouais, *krei- “passer au crible, distinguer, différencier…”, c'est du lourd, ma bonne dame.



Avant de poursuivre, restons encore un court instant sur κρῑ́νω, krī́nō, “juger, décider...” .

Nous avons déjà vu que,
basé sur le grec ancien krī́nō, “juger, décider...”,
κρῐτής, kritḗs désignait celui qui jugeait

Mais il pouvait aussi vouloir dire “l'interprète”, reprenant le sens du moyen de κρῑ́νω, krī́nō.
(relisez donc "L'hypocrite sourit, l'énergumène aboie ; Les chiens de Saint-Médard s'élancent sur leur proie." Satires, le Russe à Paris - Voltaire.)

Eh bien, ce qui permet d'interpréter, ce qui exprime le volume, en pourcent, occupé par les globules rouges circulant dans le sang par rapport au volume sanguin total, c'est ...
l'hématocrite!

Hématocrite, du grec ancien αἵματος, haimatos, de αἷμα, haima, “sang”, et - dois-je le préciser? - κριτής, kritês.





Et maintenant, chers lecteurs, je vous propose d'étendre nos recherches.  

Car oui, pour qu'une racine indo-européenne puisse être précisément qualifiée d'indo-européenne, on doit la retrouver dans suffisamment de groupes linguistiques indo-européens que pour en déduire une ascendance indo-européenne. 
Dans le cas contraire, on conclura à une racine qui se serait développée au sein d'un groupe linguistique en particulier, sans plus, donc postérieure à l'époque du tronc commun indo-européen. 




Oh, nous avons déjà rencontré à plusieurs reprises ce genre de racines ; je pense par exemple à la racine germanique *karlaz-: “homme”, dont on ne connaît pas vraiment de parent indo-européen.
On en parlait ici: le dimanche indo-européen est Charlie

Et jusqu'à présent, avouons-le, nous n'avons parlé que de descendants latins et grecs de notre *krei-.







C'est un peu court, jeune homme.


Nous allons donc, à partir de ce dimanche, faire le tour des autres groupes linguistiques où l'on retrouve notre vaillante *krei-.

À commencer par le groupe... germanique.

Avec une racine
(germanique, si vous suivez toujours)
créée sur notre *krei-, à laquelle a été associé le suffixe instrumental *-tro- (qui donc indique que l’action est faite par, ou avec… ; suffixe que vous rencontrerez également sous des formes variantes *-dhro-, *tlo-, *-dhlo-...)

Ce qui nous donne *krei-tro-.

- Mmmh, quoi? Aaah, vous voulez la connaître, cette racine germanique, c'est ça? Oui pardon:
*hrīdra-, crible, tamis...”.
tamis germanique


- Oui, et quoi, dites-vous? Aaah oui, ça vous évoque quelque chose? 

Ben oui. 

Car on a déjà rencontré *krei- accompagnée de ce suffixe instrumental, sous la forme *krei-dhro-, à l'origine du latin...  crībrum, de même sens: crible, tamis...
Un doute? Relisez Watson, c'est un cribe. - Un crible, Holmes? - Don, un cribe! - Ah, un crime! Votre rhume ne s'arrange guère, mon cher Holmes

Nous devons à ce proto-germanique *hrīdra-, crible, tamis...”, par exemple, l'anglais riddle.

Alors, non, pas dans son acception de devinette, d'énigme, mais bien dans celle de crible, de claie, à laquelle correspond aussi le verbe to riddle: passer au crible, cribler.


English riddle. Sooo shabby chic.


Et pour tout vous dire, riddle nous arrive de *hrīdra- par le vieil anglais hridder, altération d'un précédent hriddel (toujours “crible, tamis...”), puis le moyen anglais riddil, ridelle.


*krei-, “passer au crible, distinguer, différencier…”
forme suffixée *krei-tro-

proto-germanique *hrīdra-, crible, tamis...
vieil anglais hriddel, “crible, tamis...
altération
vieil anglais hridder, crible, tamis...
moyen anglais riddil, ridelle, crible, tamis...
anglais riddle, crible, tamis...”, passer au crible, cribler. 




Allez, puisque vous aimez ça, je vous en donne encore une autre, de racine germanique probablement créée sur notre *krei-

*-hrainiz-.
Je précise “probablement, car je suis prudent: mes sources habituelles, que je considère fiables et de bonne foi, ne le mentionnent pas. Marchons sur des oeufs: il s'agit peut-être d'une racine seulement germanique.

L'adjectif *-hrainiz- devait signifier au sens premier et littéral “propre” (pas sale, quoi), pur. 
Oui: je suppose qu'il faut l'entendre comme l'état de la criblure, après nettoyage et séparation des éléments étrangers par le passage au crible.
Et au sens figuré, *-hrainiz- qualifiait aussi ce qui était pur, innocent.

Il s'était fondé vraisemblablement sur une forme variante au timbre o de notre *krei-*kroin-is.

Sur *-hrainiz s'est construit le verbe *hrainisōną, “nettoyer, purifier”.

Verbe qui se retrouve toujours derrière une foule de mots germaniques.

Mais ... l'histoire des dérivés de notre germanique *hrainisōną, “nettoyer, purifier” est tellement discutée que je préfère lui dédier un article à elle toute seule.

Que je vous promets passionnant...
Et avec quelques surprises à la clé...


Cet article, ce sera celui de ... dimanche prochain...

D'ici là, je vous souhaite un excellent dimanche, et une très, très, belle semaine.
Portez-vous bien!




Frédéric

Ah oui, j'oubliais! Pour ce qui est du passage de Zola en exergue, vous aurez compris que trouver une jolie citation sur hématocrite ne m'inspirait pas trop, d'où le titre de l'article, et cet extrait de La Fortune des Rougon...




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CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
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Et pour nous quitter,

un ... cover! 

Une reprise par Bach du merveilleux concerto pour hautbois de Marcello en ré mineur, S D935.

Par Bach, il devient, transcrit pour le clavier,
le concerto pour clavecin seul - également en ré mineur - BWV 974.


Au piano, pour l'Adagio, Anne Queffélec




Que demander de plus?


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