- Paraît chaque dimanche à 8 heures tapantes, méridien de Paris -

dimanche 4 août 2013

Une sieste dans la Chapelle Sixtine? Chaque année bissextile?




King Arthur: The Lady of the Lake, her arm clad in the purest shimmering samite held aloft Excalibur from the bosom of the water, 
signifying by divine providence that I, Arthur, was to carry Excalibur. 
That is why I am your king.

Dennis: Listen, strange women lyin' in ponds distributin' swords is no basis for a system of government. 
Supreme executive power derives from a mandate from the masses, not from some farcical aquatic ceremony. 

Extrait de Monty Python and the Holy Grail, 1975







Bonjour à toutes et tous,

1, 2, 3, 4, 5 et… Six!


Pour cinq, il n'était pas si simple de rapprocher les deux mots pour cinq en français et en anglais…

Je crois pouvoir affirmer qu'avec six, le problème sera probablement moins complexe…

Ah ah ah ah.


Or donc, SIX!





Le français six, tout comme l'anglais six,

  • ou encore le vieil irlandais sé, 
  • le gaélique écossais sia et 
  • le vieux norois sex, de même que 
  • le lithuanien šeši, 
  • le sanskrit ṣáṣ, 
  • le tocharien A ṣäk ou 
  • le tokharien B ṣkas, 
  • le russe шесть ("chest") ou même, soyons fou, 
  • l'avestique xšvaš ou carrément 
  • l'ancien grec ἕξ - ex … 


Tous, TOUS vous m'entendez, nous viennent d'une seule et unique racine proto-indo-européenne:

*s(w)eks-


Un "w" y est placé entre parenthèses pour éviter toute allusion grivoise, mais aussi et surtout pour signifier que la racine s'est présentée sous plusieurs formes, avec ou sans w


On soupçonne en réalité l'existence d'une toute première occurrence de la racine, sous la forme

*ksweḱs-.

(Les linguistes spécialisés en proto-indo-européen ADOOOORENT les accents sur les k
A l'heure actuelle, on ne peut décemment plus défendre une thèse en proto-indo-européen sans y avoir recours.)
Sans rire, représente un son "ka", un phonème, donc, qui aura tendance à être palatalisé dans ses lointaines formes dérivées. (Enfin, lointaines par rapport à lui, mais proches pour nous; vous me suivez?) 
En d'autres termes, dans les mots dérivés, le son sera plutôt produit par l'avant du palais. La palatalisation d'un phonème "ke", ça donne un "che". 
Quelques exemples?
Par palatalisation, le latin castellum a donné l'ancien français chastel ; le latin caballus, lui, a donné cheval

C'est de cette forme *ksweḱs- que, par exemple, proviendrait en toute vraisemblance l'avestique xšvaš.


D'une forme ultérieure de la même racine: *seks-, nous avons reçu notamment le latin sex (six), sur lequel nous avons évidemment créé "six", mais aussi ce mot qui désigne une durée de temps de l'ordre de six mois consécutifs: semestre.

Et puis, il y a aussi ce vieux mot: samit.
Samit??

Mais oui!

Ce bon Jean-Baptiste-Bonaventure de Roquefort (écrivain français, historien mais surtout - pour ce qui nous intéresse - philologue (et en plus il est même né à Mons, mais bon, on ne va pas en faire un fromage) nous explique dans le tome deuxième de son Dictionnaire étymologique de la langue françoise que samis ou samit désigne...
une étoffe vénitienne de soie fine et précieuse brochée de fil d'or ou d'argent qui avoit l'éclat du satin, sorte de taffetas ou satin. En bas latin, samitum examitum fait du grec hexamitos, étoffe de soie; formé d'hex, six et de mitos, lice, fil; composé de six fils (lisses?); les Grecs appeloient polumitos un ouvrage fait de plusieurs fils tissus ensemble

Couverture du Dictionnaire
étymologique de la langue françoise


Et c'est bien du samit - dont provient l'anglais samite - le plus pur que la Dame du Lac se drape le bras pour faire jaillir Excalibur des profondeurs de l'onde, tel que décrit dans l'extrait de Monty Python and the Holy Grail en exergue…

Samit

La Dame du Lac récupérant Excalibur

Et c'est aussi du grec hexamitos que nous arrive, via le vieux slavon d'église, le russe Аксамит ("aksamit"), mot archaïque pour velours


C'est également sur cette même forme *seks- que s'est bâti le germanique *seks, sur lequel allait éclore bien plus tard l'anglais six

Vous constaterez donc que le français six et l'anglais six proviennent d'une même racine proto-indo-européenne, mais par des voies totalement différentes

Comme quoi, oui, ils sont proches l'un de l'autre, comme le bon sens le laisserait supposer, mais finalement ils ne sont que de très lointains cousins…


Sur une version suffixée cette fois, de la racine proto-indo-européenne *seks-: *seks-to-, s'est créé le latin sexto: sixième.

Nous l'avons utilisé pour former …

  • Sixtine, l'adjectif qualifiant la Chapelle de Sixte, le pape qui la fit bâtir (de 1477 à 1483): Sixte IV (et non VI). Sixte - Sixtus - étant littéralement le sixième...


  • sextant, l'instrument de navigation à réflexion portant un limbe divisé en 60 degrés


  • bissextile, comme l'année!

    - Euh, le lien avec six?

    - Une année bissextile est une année comptant 366 jours au lieu de 365, c'est-à-dire une année comprenant un 29 février (la prochaine aura lieu en 2016).

    - Oui, et alors??

    - Le terme vient du latin bis-sextilis, qui signifie "deux fois (bis) sixième (sextus)", soit deux fois "le sixième jour avant les calendes de mars" dans le calendrier des Romains.

    Quand ces gros malins constatèrent qu'une année effective était de 365 jours et 6 heures, ils réformèrent le calendrier pour ajouter 24 heures d'un coup à une année de 365 jours, et ce tous les 4 ans, ce qui somme toute est assez logique.
    Et qui prouve qu'ils savaient au moins que 6 X 4 = 24.

    Ce jour supplémentaire fut rajouté au mois de février.

    L'origine du mot bissextile vient de la façon dont César adopta la réforme: en fait, plutôt que d'ajouter un jour à la fin du mois de février, ce qui était vraisemblablement trop simple, pour donc en faire un mois de 29 jours, c'est le 24ème jour qui fut "doublé".
    (Oui, décision liée à des jours néfastes, semble-t-il, auxquels il valait mieux ne pas trop toucher)

    Ce jour supplémentaire, donc, était ajouté après le 24 février.

    Mais les Romains, qui n'étaient quand même pas tout à fait comme tout le monde, comptaient à rebours (d'ailleurs, cette réforme s'est passée en -46!!) et appelaient ce 24 février sexto ante calendas martii (sixième jour avant les calendes de mars - avant donc le 1er mars).

    Le jour supplémentaire s'appela donc logiquement bis sexto ante calendas martii (le deuxième sixième jour avant les calendes) d'où le nom d'année bissextile.

    (superbe explication, juste légèrement remaniée, trouvée sur pourquois.com)



  • sieste! Le mot date du Moyen Âge... De l'espagnol siesta, du latin hora sexta: "la sixième heure (du jour)", c'est-à-dire la sixième des heures canoniales; ce qui correspondait à l'heure de midi, donc l'heure la plus chaude, la plus propice à faire… la sieste





- Ouais bon, et cette fameuse version de *seks- avec un w: *sweks-, elle a donné quoi, alors??
- Oui, je n'oublie pas… Mais vous avez déjà la réponse…
- Mais je…??

Eh oui, sur *sweks- s'est basé le grec ἑξάς, èxas ("six"), d'où nous viennent le grec hexamitos et tous ces mots en hexa-, de hexagone à hexadécimal

Tableau de conversion
binaire / décimal / hexadécimal





Bon dimanche à toutes et tous!
Passez une excellente semaine, et …

A dimanche prochain!






Frédériḱ

article suivant: Une semaine en septembre...

Enregistrer un commentaire

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...