dimanche 23 juin 2013

C'est simple: trop souvent ensemble, on finit par être assimilé l'un à l'autre...

Bonjour à toutes et tous!


Dimanche dernier, dans le cadre de notre grand sujet sur l'étymologie des nombres, nous avions découvert la racine *oi- et ses variantes à suffixe dialectales:
*oi-no-*oi-wo- et *oi-ko-.

La signification de *oi-? "Un", tout simplement.
Le "un" avant le deux, ce "un" qui permet d'énumérer, de compter


Le plateau de "The One Show" sur BBC1


Mais, comme je vous l'exprimais précédemment (voir Namasté, nomade économe!), pour les anciens, "Un" c'était un peu plus que ça.
Un, c'était le principe, l'unité primordiale de laquelle tout découlait…
L'Unité, quoi.

Alors que *oi- désignait l'unicité, l'isolement, une autre racine désignait, elle, l'union, la complétude, à l'image du Un que se représentaient les anciens, ce grand tout de qui tout procédait.

Alpha et Omega, une belle image
du Grand Tout

Pour les anciens grecs - c'est du moins ce que nous raconte Steven Schwartzman dans "The Words of Mathematics: An Etymological Dictionary of Mathematical Terms Used in English" - "un" n'était pas à proprement parler considéré comme un nombre, mais plutôt comme le générateur des nombres.

Il est amusant de constater que nous, hommes modernes, continuons dans cette voie quand nous traitons des nombres premiers: même si "un" correspond parfaitement à la définition d'un nombre premier, car les seuls nombres entiers par lesquels il peut être divisé sont lui-même et … un, eh bien nous ne le reprenons pas dans la liste des premiers.

Ou alors, c'est juste un oubli?

Quelques nombres premiers


Alors, cette autre racine proto-indo-européenne, la voici! C'était…

*sem-

Et vous allez rapidement vous en rendre compte, on lui doit vraiment - mais VRAIMENT - beaucoup!!

L'hypothèse communément admise est que, entre *oi- et *sem-, *sem- est bien la racine originale, la première, la plus ancienne donc, qui reprenait tous les sens de "un".
*oi- ne serait arrivée que plus tard, par dérivation de la racine pronom *i- que l'on pourrait traduire par "ce", ou "il".
C'est sur cette dernière, par exemple, que s'est formé le latin is: "ce, il, elle", donnant "id" au neutre.

La traduction littérale de *sem-, telle qu'elle nous a été transmise, serait "comme un seul", ou alors "ensemble".

Ensemble

Alors que le numéral "un" est représenté par des dérivés de *oi-: *oi-no-, *oi-wo- ou *oi-ko- dans pratiquement toutes les langues indo-européennes, la racine *sem- n'est dans ce sens précis utilisée que dans trois langues: le grec, l'arménien et le tocharien. (Mais bon, des Tochariens on peut s'attendre à tout)

Comme ces trois langues sont, si je puis dire, "géographiquement distantes" les unes des autres, on soupçonne que la présence de *sem- comme numéral "un" dans ces trois langues n'est que le vestige d'un ancien usage.
En revanche, l'emploi abondant de *oi- (et surtout *oi-no-) dans une large zone géographiquement contiguë laisse à penser que cette dernière racine s'est développée massivement, et plus tard.

*sem-, donc, pourrait se traduire par "ensemble".
Ce qui tombe en fait très bien, car le français "ensemble" est un parfait descendant de notre racine proto-indo-européenne *sem-.

Ensemble nous est parvenu du latin insimul ("en même temps"), composé de in- et de … simul: "ensemble, à la fois", probablement via une forme archaïque *semol, mais assurément basé sur le proto-indo-européen *sem-.

Simul, nous a également donné - ben oui - simuler: "faire semblant", ou simultané: "en même temps".

"semblant" dans "faire semblant"?
Mais oui, c'est aussi un dérivé, ainsi que tout ces mots qui y … ressemblent!
Sembler, semblable, ressembler, assembler…!

Similaire, similarité, similitude…! Ou encore assimiler

Fax aussi, d'une certaine façon! Puisqu'étant l'abréviation du latin facsimile: "faire comme".
Tous ces mots sont bâtis sur une forme particulière et suffixée de la racine au degré zéro: *sm̥m-alo-.

Toujours sur une forme au degré zéro, cette fois *sm-, le latin a créé simplus, devenu en français "simple".

Une autre variante de la racine, *smo-, a de son côté donné l'anglais some: un, certain
Ou tous ces mots anglais se terminant en -some, où le suffixe -some pourrait se traduire par "qui ressemble à", "qui s'apparente à", "qui tend à", "qui potentiellement serait comme"...

Un exemple? cumbersome.
Pour comprendre le mot, dites-vous qu'il se base sur le vieux français combrer, que l'on retrouve toujours dans … encombrant.
La combre étant une obstruction, un obstacle, une barrière…
Et donc, cumber-some, c'est "ce qui tend à être un obstacle": ce qui est encombrant, pénible, lourd…

Troublesome, c'est "ce qui va très probablement créer des ennuis": difficile, gênant …
Et il y en a d'autres: gruesome (horrible), awesome (effarant), adventuresome (aventureux)...




Mais la liste des descendants de *sem- est loin d'être finie…


Toujours par le latin, à partir d'un composé de *sem- et de *per-1...
*per-1, encore elle?? Rappelez-vous, nous avions entrevu cette racine la semaine dernière, dans Karaton (Aksungur), contemporain d'Olympiodore, 412-422, en était. Nous lui devons notamment "premier", un des nombreux sens de *per-1 étant "devant".
Un autre en était "durant"; ou évoquait en tout cas la notion de durée.
… Composé qui a donc donné, vous l'avez deviné, le latin semper: "toujours", que l'on pourrait traduire par "une seule fois qui dure", ou alors "une fois pour toutes".
Dérivés? Mais oui! Le français sempiternel, ou l'espagnol siempre!


'y en a plein, des dérivés de *sem-!
Plein!!


Ah oui, inutile de vous dire que les anglais "same": même, identique, ou seem: sembler, avoir l'air proviennent bien de *sem-...
Tout comme le néerlandais samen: ensemble...

Evidemment!

Et il y en a encore d'autres, des cognats!


Mais bon, ce sera pour dimanche prochain.








Bon dimanche, bonne semaine à toutes et tous,

et… à dimanche prochain!






Frédéric
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